Petite histoire de l'Hôtel de Voyageurs dit : les Roches Rouges

Publié le 25 Mai 2021

 

Avant la construction de l’hôtel de Roches Rouges, on aperçoit à droite le Grand Hôtel d’Agay, vers 1900.

 

Le docteur Emile AUBY  fait construire en 1906 sur les plans de l’architecte Cannois Henri STOECKLIN, par l’entrepreneur Cannois J.Giacobi.

Cet architecte de renom a signé, avec son père, de très nombreuses créations  à Cannes entre 1895 et 1914.

Ils utilisent le bois, la brique, la pierre, les enduits et la céramique dans une architecture éclectique originale où le soin apporté à chaque détail, à la composition, au choix et à la mise en œuvre des matériaux témoigne de leur talent.

En 1900 ils conçoivent les plans de l'hôtel Gallia, la surélévation du casino des Fleurs construit par L. Hourlier en 1888 et les aménagements intérieurs Art Nouveau des halls et salons de cet ouvrage monumental.

 

Les plans publiés en 1912, dans la Monographie des Bâtiments moderne de Raguenet – N° 243, nous permettent de connaitre l’état initial.

 

 

Le permis de construire de cet hôtel à été reçu avec retard à la Mairie de St Raphael en 1907,à la fin des travaux : 

Et le maire se fâche :

Source archives municipales St Raphael

 

Sur les registres du recensement de 1906 : 28 maisons Plage d’Agay, le Grenouillet, le Trayas pour 140 habitants

Pour l’ensemble de la commune de St Raphael : 704 maisons pour 4768 habitants

 

Une des premières publicités de l’hôtel ouvert en 1908, dans un rastel encore vierge, avec ce slogan : La Perle de l’Esterel

 

 

Publicité : Echo de l’ESTEREL et des MAURES - 1912

 

extrait Guide POL-  1913

  Ce logo indique que cet hôtel possédait à minima une chambre noire permettant aux photographes de charger et décharger les plaques de verre utilisée à cette époque et peut être un petit laboratoire de développement et de tirage d'épreuves par contact.

 

Le journal de St Raphael publiait régulièrement la liste des "Etrangers" séjournant dans les Hotels. (1912) La clientèle d'un âge moyen de 60 ans, est composée de familles  aristocratiques qui seront peu à peu remplacées par la grande bourgeoisie. 

 

 

Les trains reliant Marseille à Nice s’arrêtaient en gare d’Agay pour faire le plein d’eau douce des réservoirs des chaudières à vapeur. L’eau était puisée dans la rivière Agay via une pompe appartenant au PLM . (article en préparation)

Durant cet arrêt les clients de l’hôtel pouvaient descendre.

 

Le premier portail en bois de l’hôtel

 

Ce portail est ensuite remplacé par un portail en pierre, vers 1917

Cette photo réalisée depuis l’entrée de l’hôtel par un ami de JF Denes, propriétaire place des Pêcheurs correspond exactement à la carte postale du photographe Bandieri de St Raphael (vers 1917)

 

La source - vers 1919

Cette source est maintenant tarie. Selon un témoignage de Louis Polvérini, elle a alimenté en eau les entreprises de maçonnerie qui ont construit de nombreuses villas dans le Rastel après la guerre.

Aujourd'hui, elle ne fait plus partie du domaine des Roches Rouges.

 

1920, le nouveau pont d’Agay, sur la droite le bâtiment de trois étages, la gendarmerie qui sera détruite comme le pont par les bombardements de 1943.

 

Album PLM 1923

 

 

 

 1927 – petit livre du Touring Club de France - Le massif de l’Esterel – Georges Seure , on aperçoit à gauche la gare, au centre l’hôtel des Roches Rouges, et le phare de la Baumette.

 

Vers 1935, il est construit un petit pavillon à l’entrée de l’hôtel.

Christian Charlet se souvient qu’il habitait ce pavillon avec son père Victor, grand résistant du maquis de l’Esterel. Son père était chargé de la surveillance des pompes qui puisaient de l’eau à partir du puit situé à l’entrée de l’hôtel, l’eau était ensuite envoyée dans une cuve de stockage située au-dessus de l’hôtel, puis par gravité l’eau potable alimentait les chambres.

A droite de l’hôtel la Villa TRODOS. Le docteur AUBY y installa son cabinet de consultation, après la guerre elle sera louée par une anglaise Miss Maud Wodhouse. L’oncle de Louis Polvérini, Dante Bianchi y sera jardinier jusqu’en 1940.

 

Publicité datant de 1937

Quelques villas commencent à se construire autour dans le Rastel.

 

 

En 1931 et 1932, l’écrivain Albert Cohen qui vient d’épouser à Genève Marianne Goss, séjourne à l’hôtel des Roches Rouges, il y écrit un de ses plus célèbre roman : Belle du Seigneur, quelques scènes se déroulent à Agay et Valescure.

 

 

Le propriétaire de l’Hôtel, le docteur Auby, est conseiller municipal à la Mairie de St Raphael et il est  le premier Pdt du Syndicat d’Initiative d’Agay. François Giraud d'Agay se souvient de sa grande barbe, il était le médecin de la famille d'Agay.

En 1931, une plainte est déposée contre M. Auby et le maire M. Verstraëte,

Le maire de st Raphael Maurice Verstraëte démissionne en 1933.

 

 

Collection Frédéric d’Agay

Le 12 avril 1932, Antoine de St Exupéry et Consuélo Suncin après s’être marié à l’église d’Agay, reçoivent leurs invités au restaurant de l’Hôtel.

François d’Agay âgé alors de 6 ans (à droite sur la photo), m’a confirmé qu’il avait assisté à ce repas, il en garde un souvenir d’un repas de famille assez ennuyeux pour un enfant de son âge.

 

 

 

Dans la même période en 1932, de docteur Auby déclare avoir inventé un traitement contre la coqueluche.

 

 

 

 

 

 

 

Le docteur Auby, conseiller municipal à la Mairie de St Raphaël, propose d’aménager les berges et l’embouchure de la rivière Agay afin de limiter les risques d’inondations. Son projet ne sera pas suivi, et après les crues de 2011,2015 et 2019, la municipalité de St Raphael vient d’entreprendre d’importants travaux pour protéger les habitations et restaurer les berges.

A partir de 1933, les effets de la crise économique commencent à se faire sentir. En 1936, la création des 2 semaines de congés payés  par an va déclenché le gout des vacances à la mer dans les classes moyennes. 

 

Pendant la seconde guerre, l’hôtel des Roches Rouges est occupé, puis il devient une maison de repos pour militaires .

 

En novembre 1943, vers 10 heures du soir 5 ou 6 avions anglais bombardent Agay, on suppose qu’ils visaient le viaduc d’Anthéor, on dénombre 15 victimes parmi les habitants d’Agay, dont des d’anciens militaires anamites qui travaillaient aux cuisines de l’hôtel, et qui se trouvaient dans un des bars de la plage.

L’église, la poste, la gendarmerie, les écoles, le pont routier, et des villas sont détruites.

 

Lors d’une rénovation de la toiture, les longs pans pointus très élégants, disparaissent. 

Nouveau look, après rénovation

 

L’hôtel est racheté par IGESA, le service social des Armées.

1954

1988  - photo Marc Ghislain

 

 

 

 

 

La réalisation de ce dossier m’a pris près de 2 ans, entre la recherche et l’achat des documents présentés, et la recherche de témoignages.

Je tiens à remercier pour leur aide précieuse :

Bruno Borja, M. Gasser, François et Louis Polvérini, Frédéric d’Agay et François d’Agay,

 Mme Parrat, aux archives de St Raphael et Mme Miraglio à la Médiathèque,

et je regrette la non participation du « responsable de la communication » de l’IGESA

Philippe Pons -mai 2021

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par PhP

Publié dans #2021, #CULTURE & PATRIMOINE

Commenter cet article

liliane christian 27/05/2021 22:04

magnifique document
félicitations pour ce travail de recherche combien enrichissant
toujours un plaisir à lire les documents concernant ce coin enchanteur

Nancy Vande Velde 26/05/2021 08:46

Merci pour le temps que vous y avez passé, et pour cette belle rétrospective. C'est un fameux bon en arrière.

Michel ROGNON 25/05/2021 22:47

Une fois de plus le talent de Philippe nous fait découvrir une histoire parmi d'autres au sein de notre si beau site....
C'est captivant.... avec une belle iconographie.......mais que de travail !!!
Merci Philippe +++.......surtout ne t'arrêtes pas.....et à bientôt pour une partie de golf à Cap

Serres 25/05/2021 21:32

Très intéressant. Merci pour votre travail énorme, et votre amour de la région, vos pensées pour les personnes qui ont laissé leur vie. C’est une belle reconstitution. Félicitations

Patrick COLOMBET 25/05/2021 21:11

Grâce à Philippe nous en apprenons toujours plus sur ce lieu magique.
Merci pour tes recherches, ta patience et tout ce que tu nous fais découvrir.

Daude 25/05/2021 19:04

Merci et bravo pour toutes ces recherches cela nous rapproche encore un peu plus d’agay et de cap esterel

Florine MARTIRE 25/05/2021 17:57

Quel travail de fourmi et quel amour de la région.! Les constructions de l'époque étaient de toute beauté et de belle qualité . J'ai pris beaucoup de plaisir à lire l'histoire de cet hôtel mythique.
Merci

ROSSAT Michel 25/05/2021 17:53

Félicitation pour ce travail de "Titan"
C'est très intéressant ... continues
A bientôt peut-être
Michel ROSSAT